Au nom de cette "mixité" et du rééquilibrage entre l'Est et l'Ouest de la ville (priorité au logement social dans les beaux quartiers de l'Ouest, et aux bureaux dans les quartiers populaires de l'Est), la mairie laissait faire la disparition rapide du logement social "de fait", c'est à dire du logement locatif privé (le cas de petits propriétaires est voisin) accessible aux couches populaires ou moyennes. Ventes à la découpe et réhabilitations conduisent à une explosion des loyers que les occupants actuels ne peuvent suivre. Occupants qui sont, pour la majorité, éligibles aux logements sociaux publics. Une étude a montré que plus de 300 000 personnes étaient concernées. D'où la demande des Verts d'un accroissement considérable du budget consacré à l'achat par la ville des immeubles ainsi menacés par la spéculation immobilière. Ils ont obtenu en grande partie gain de cause. La mairie va acheter les immeubles dont les locataires ont un revenu mensuel inférieur à 900 euros.

La situation n'est pas très différente à Montreuil, où l'habitat social "de fait" est en diminution rapide, et où la "mixité sociale" se traduit surtout par l'impossibilité grandissante des personnes de conditions modestes à se loger dans notre ville.

Le dernier sondage municipal montre d'ailleurs que le logement est la préoccupation croissante des habitants de Montreuil. Parmi leurs attentes, elle est citée par 50% des sondés (contre 33% en 2002, 40% fin 2003, 44% en 2005) et arrive de loin en tête devant la sécurité (37% contre 58% en 2002). Ce sondage coïncide avec la présentation des choix municipaux qui figurent dans le projet de PLU actuellement en discussion et qui doit guider les mutations de la ville pour les quinze prochaines années. Si l'habitat y est bien l'un des quatre grands domaines considérés, on y trouve nulle trace de l'ambition d'aider les habitants actuels de la ville à exercer leur droit au logement. L'objectif affiché est de garder l'équilibre actuel : 1/3 de logements locatifs sociaux, 1/3 de propriétaires et 1/3 de locatif privé ordinaire; d'avoir un meilleur équilibre entre les quartiers; et d'assurer une "mixité sociale". Ces objectifs font l'impasse sur une donnée importante : une partie importante du locatif privé actuel est un "habitat social de fait", où les locataires remplissent les conditions de ressources pour accéder aux HLM. Cet habitat est souvent dégradé, voire insalubre. On voit très bien, en se promenant dans la ville, que les nouvelles constructions privées ne s'adressent pas à ces locataires, mais à des couches plus fortunées, que ce soit pour du locatif ou de l'accession à la propriété (même nommée "sociale"). Qu'est-il proposé pour les actuels habitants qui devront sortir du secteur "locatif social de fait" ? Devront-ils quitter Montreuil et partir dans la grande couronne, pour faire place à d'autres, plus aisés ?

Certains élus n'hésitent pas à dire que les actuels 37% (un chiffre d'ailleurs gonflé, en incluant les foyers. Selon les normes de la loi SRU, il n'est que de 32%) de logements sociaux à Montreuil sont un maximum. Bien d'autres villes, confrontées à ma même crise du logement, ont des politiques beaucoup plus ambitieuses pour loger leurs habitants. Nanterre demande 40% de logements sociaux ans les nouvelles opérations. De nombreuses villes se portent bien avec plus de 60% de logements sociaux. Notre ville n'a-t-elle comme seul horizon de cesser d'être une ville populaire ? Ville populaire devient-il synonyme de ville dangereuse ?

Il est intéressant de noter que la peur du logement social que manifeste nos édiles, est loin d'être partagée par la majorité des habitants de Paris et de la première couronne, si l'on en croit un sondage CSA de septembre dernier. A la question "selon vous, y a-t-il trop, ou pas assez, de logements sociaux dans votre commune ?", 15% répondent "trop", 66% "pas assez", et 13% "ni trop ni pas assez" (voir ci-dessous)

Le maire de Montreuil vient de partir en guerre contre la clause, imposée il y a quelques années par la Préfecture pour obliger à un équilibre entre bureaux et logements dans les nouvelles opérations immobilières. Il estime que cela l'empêche de construire assez de bureaux pour "rééquilibrer" l'Est avec l'Ouest-Parisien. Le PLU proposé par la municipalité risque d'accélérer la "bobboïsation" de Montreuil. Il se situe aux antipodes d'une politique de justice sociale, susceptible d'être approuvée par une majorité d'habitants.

Le sondage CSA CSA Opinion a procédé pour le compte de la SEMIDEP a un sondage en sept 2006 "Habiter et vivre en Ile de France" n° 0601048 d'octobre 2006, auprès d'un échantillon représentatif d'habitants de Paris et de la petite couronne (P-C), méthode des quotas, sur : - la place du logement dans les préoccupations des habitants de Paris et P-C, - les éléments de satisfaction de vivre à Paris et P-C, - la perception du logement et de ses difficultés, - le regard particulier sur le logement social, - les attentes, les acteurs, Les résultats ne correspondent pas toujours aux idées communément répandues. Ainsi à la question "selon vous l'Etat doit il intervenir pour réguler le marché du logement ou faut-il laisser faire la loi de l'offre et de la demande sur le marché,..?", la réponse est : intervenir, pour 80% des sympathisants de gauche, et 67% de droite. A la question: "Selon vous, y a-t-il aujourd'hui trop ou pas assez de logements sociaux dans votre commune ?", la réponse est pour l'ensemble Paris et P-C : TROP 15% (dont catégories supérieures 12%, catégories populaires 19%); PAS ASSEZ 66% ( dont catégories supérieures 68%, catégories populaires 64%); NI TROP NI PAS ASSEZ 13%, Les sondages publiés par CSA sont disponibles sur le site "http://www.csa-fr.com"