Troisième épisode : Le retrait de Mouna Viprey

Il est tout sauf une surprise, il avait été annoncé à l'avance par les socialistes. Par Bartolone dans l'Express. Par la candidate et les responsables du PS lors d'une rencontre avec les Verts en avril dernier. Par la candidate et les militants socialistes, expliquant sur les marchés que Jean-Pierre Brard refusait de s'engager à se retirer s'il arrivait en second, alors que le PS retirerait sa candidate.

Il est tout sauf une surprise, il est dans la continuité du réalignement des élus socialistes dans la majorité municipale depuis la crise de 2002 : les critiques ont baissé, y compris sur le budget. Nicolas Voisin a été élu président du groupe des élus socialistes. Le même personnage qui dès le lundi après-midi, bien avant que la section socialiste ne se décide, diffusait urbi et orbi un appel à voter pour Jean-Pierre Brard le 17 juin.
On peut douter qu'une majorité ait existé dans la section socialiste pour maintenir sa candidate au second tour. Et il est très hypocrite de rejeter uniquement la responsabilité du retrait sur les pressions (qui ont existé) des dirigeants nationaux du PS.

Il est encore plus hypocrite d'en rejeter la responsabilité sur les Verts, comme cela a été écrit dans des commentaires sur ce blog ou sur des listes de discussions. Il paraît que la candidature des Verts serait responsable de l'échec de la candidature socialiste, par son existence même. L'argumentation est révélatrice de l'idéologie peu plurielle de certains socialistes et de leur incapacité à abandonner l'hégémonisme au sein de la gauche. Le PS devrait essayer de passer d'une culture politique "scrutin majoritaire", à une culture politique "proportionnelle", non pas seulement ville par ville, mais avec des compensations départementales ou nationales. Ma position a toujours été de dire que, dans le 93, Montreuil est la ville où, de loin, l'implantation et l'audience des Verts sont les plus fortes, même si, hormis le cas des municipales de 2001, leurs candidats sont derrière les candidats socialistes aux élections. Et que cela justifierait un soutien socialiste à Montreuil dans le cadre d'une discussion départementale.

Les socialistes devraient aussi s'interroger sur leur offre politique, à Montreuil comme ailleurs. L'antibrardisme n'est pas un projet politique. Encore moins l'appel au vote utile ou "efficace". Ni la demande récurrente, à chaque élection depuis 2001, faite aux Verts de leur laisser la place sous prétexte qu'ils représentent électoralement en général moins que le PS. On ne construira rien pour les prochaines municipales avec cette conception d'un faux "partenariat", mais vrai "ralliez vous à mon panache rose".

On comprend le sentiment de frustration, exprimé par des électeurs socialistes, qui avaient pensé voter efficace et qui se retrouvent avec Brard comme candidat unique le 17 juin. Je ne pense d'ailleurs pas que Mouna Viprey était en mesure de l'emporter lors d'un duel avec Brard au 2e tour. Elle n'avait pas davantage su mobiliser les nouveaux électeurs que les autres candidats socialistes au niveau national. En 2002, la candidate socialiste avait su mobiliser plus largement, notamment dans les quartiers populaires.

Cela devrait conduire nos amis socialistes à réfléchir sur ce que devrait être une gauche pluraliste et démocratique à Montreuil, à la démarche pour construire une alternative à gauche.