Faire ou ne pas faire évacuer ?

C’est une situation difficile. Depuis le printemps, les expulsions de squats et campements se sont multipliées en Seine Saint Denis, ne faisant que déplacer le problème à l’intérieur d’une ville, ou d’une ville à l’autre. Quant aux expulsions vers la Roumanie, elles se font dans un manque total d’humanité et n’empêchent pas la libre circulation de citoyens européens, et donc le retour rapide au point de départ. Quand sur une ville se dessine une solution de relogement pour quelques familles, d’autres Roms rejoignent cette ville pour essayer d’y avoir leur place. A Montreuil comme dans d’autres villes auparavant, et ce n’est pas une raison pour condamner une partie de la population à l’errance de ville en ville.

Sortir de ce cercle vicieux

Dès le début de son mandat, et en conformité avec les engagements pris, la nouvelle municipalité a décidé de rechercher une solution durable habitant Montreuil depuis des années, connues des services de la ville, et dont les enfants sont en partie scolarisés. Ce que des villes comme Bagnolet, Fontenay-sous-Bois ou Saint-Denis ont fait, plus ou moins bien, Montreuil peut le faire. L’ancienne municipalité n’en voulait pas, et avait toujours refusé le dialogue avec ces familles.
Depuis 4 mois, la nouvelle municipalité était en discussion avec ces familles, en majorité squattant rue Dombasle (mais ailleurs aussi en ville), prêtes à s’inscrire dans un processus d’accompagnement social en liaison avec des partenaires associatifs. La municipalité était à la recherche d’un terrain qui puisse les accueillir dignement, de manière durable, avec un habitat spécifique. La Préfecture est prête à contribuer à un tel programme de logements. Cela pourrait concerner entre 100 et 150 personnes. Pas plus.

On n’expulse pas les victimes d’un incendie

L’incendie de la rue Dombasle a provisoirement compliqué la situation. Ces familles se sont retrouvées pour la plupart à la rue, en même temps que d’autres personnes, venues rue Dombasle ou vivant dans des voitures devant le lycée voisin. Séparer les familles les une des autres était impossible. Le mélange existait dans les deux nouveaux terrains occupés. Une municipalité de gauche peut-elle prendre la responsabilité de remettre à la rue des familles victimes d’un incendie ? Peut-elle prendre le risque de donner des illusions à des personnes arrivées récemment à Montreuil, et qui ne seront pas incluses dans le projet durable ?
Dominique Voynet et la municipalité ont donc décidé de n’expulser aucun des deux terrains occupés. Celui de la rue de Rosny, impraticable par temps de pluie, a été remplacé par un autre, rue Pierre de Montreuil, qui se prête davantage à un campement provisoire. Citernes d’eau, toilettes et bennes à ordures permettront des conditions de vie moins indécentes. Et un dialogue avec les élus et services de la ville devrait permettre une autolimitation du nombre d’occupants.
Cette situation n’est toutefois que provisoire, dans l’attente de la mise en place du projet d’habitat spécifique et durable.

Pour l’expulsion : les amis de Brard

Brard, l’ex-maire sorti était totalement sarkoziste en ce qui concerne les Roms, il l’est encore : on expulse les squats systématiquement, sans états d’âme. Hypocritement, au moment de l’expulsion, on demande un table ronde (régional, nationale, internationale,…) tout en ne faisant rien et en sachant qu’elle ne se ferait pas. Et tant pis si une grande partie des Roms de la rue Dombasle avaient déjà été expulsés de la rue Doumer en 2000, de la rue Pépin, et d’autres ensuite : ils sont toujours à Montreuil, et une partie de leurs enfants y sont scolarisés. Tant pis pour l’ex-maire si des enfants dorment dans la rue.
Une autre caractéristique de son attitude était de favoriser l’expression des réactions de rejet des riverains, et, parfois, de leur xénophobie. Lors du squat de la rue Doumer, les associations, la Préfecture, et les élus écologistes, avaient essayé d’améliorer les conditions de vie (benne à ordures, toilettes, eau), et de faire scolariser les enfants, contre la municipalité de l’époque. L’ex-maire avait « animé » une réunion d’habitants, où les propos tenus, qu’il n’a pas combattu, resteront une marque indélébile de son bilan. Les bulldozers de la ville avaient détruit ce bâtiment quelques jours après.
Brard et ses amis sont restés fidèles à leur attitude antérieure. Après l’incendie, il n’y a eu pas moins de deux communiqués pour se faire l’écho des réactions de rejet par certains riverains, demander l’expulsion des terrains occupés, et accuser la nouvelle municipalité d’« idéalisme » sur la question des Roms. Le premier communiqué était particulièrement crapuleux. Il accusait la municipalité d’avoir mis en danger la vie des Roms du squat de la rue Dombasle… en ne les expulsant pas avant l’incendie ! Il dénonçait aussi l’intention de la municipalité de rechercher une solution pérenne pour celles des familles présentes depuis longtemps à Montreuil, et opposait les besoins en logement de la population montreuilloise (de souche ?) à ceux des Roms. Bonjour, la solidarité !
Mieux, une grande partie du communiqué était consacrée aux dégâts collatéraux causés par l’incendie dans les locaux administratifs de la Maison populaire, un centre culturel voisin. Il s’agissait d’un procès d’intention contre la municipalité, accusée à l’avance de ne pas faire d’efforts suffisants pour que la Maison populaire puisse reprendre ses activités au début de septembre.
Ce communiqué était signé du groupe (4 élus) des amis du maire sorti, et d’un élu socialiste. Le groupe (4 aussi) des élus communistes avait refusé de s’y associer, et publié son propre communiqué, correct.

Qui porte les valeurs de gauche sur cette ville ? Qui porte aujourd’hui les traditions de solidarité populaire qui furent d’une municipalité communiste jusqu’aux années 1980 ? L’attitude sur la question des Roms ne laisse pas place au doute.