Méliès de Montreuil (3) : Opération blanchiment réussie pour l'ex-maire
Par Patrick Petitjean
Fervent défenseur (entre 1995 et 2005) de l'implantation d'un multiplexe à Montreuil, Jean-Pierre Brard a réussi à se refaire une virginité cinématographique en 2007 en scénarisant la lutte contre UGC et MK2 qui avaient déposé un recours pour empêcher l'extension du Méliès à Montreuil. Cela marque la fin de la neutralité politique de ce cinéma, sauvegardée entre 2002 et 2007, et sa transformation en un « objet politique ». La crise actuelle y prend sa source, et a accentué cette politisation. Rendre le Méliès à ses spectateurs et lui redonner sa neutralité devrait être un objectif essentiel de la prochaine municipalité – à rebours des projets de revanche de Jean-Pierre Brard.
Résumé de ce post n°3
L'urbanisme pilote entre 1995 e 2003 les trois projets de multiplexes, ce qui ne va pas sans conflits avec la culture. Le transfert / extension, décidé en 2005, se fait sans projet culturel, mais pour sauver le projet « cœur de ville ». La lutte contre les recours d'UGC et de MK2 est avant tout une opération de communication électorale. Le niveau de violence de l'ex-maire veut faire oublier son soutien pasé aux multiplexes et a personnalisé le conflit avec MK2 et UGC. Comme Geneviève Houssaye, alors directrice du Méliès, l'avait fait pour le projet de multiplexe « Valmy » entre 1999 et 2001, Stéphane Goudet a joué un rôle moteur dans le rejet du projet « Barda » puis dans la décision de transfert – avec tous ceux qui se sont mobilisés contre tous ces projets.
LES TROIS PROJETS DE MULTIPLEXES
1- Un projet presque abouti sur la ZAC Valmy
Fin 1998, la rumeur se répand sur l’arrivée d’un multiplexe à Montreuil. Bien entendu, cela faisait des années que le maire et ses services travaillaient sur le projet. J'ai retrouvé l'année dernière dans les archives de la ville une lettre du directeur des affaires culturelles, datée du 29 avril 1996, pour critiquer ce projet. A l'époque, j'étais pourtant maire adjoint, mais n'avait jamais été débattu entre élus... Pour les habitants, c'est du confidentiel défense.
Le projet étant sur le point de se concrétiser, le bruit s'en était répandu parmi les professionnels du cinéma, et les élus écologistes posent une question orale lors du conseil municipal de janvier 1999. La municipalité confirme alors son projet de 12 salles dans la ZAC Valmy, exploitées par l'opérateur CGR. Le vote officiel pour le multiplexe a lieu le 27 mai 1999, entérinant la promesse de vente. Tout en réaffirmant son soutien au Méliès, la municipalité en défend la complémentarité avec un multiplexe, et justifie son projet par les ressources de Taxe Professionnelle qui permettront de financer la politique culturelle de la ville. Un argument qui servira aussi à l'ex-maire sur le logement, le social, pour justifier le tout bureau du Bas Montreuil, avec le bétonnage et la spéculation afférents.
Quelques élus majoritaires y ajoutent une critique de l’élitisme supposé de la programmation du Méliès et le besoin de films populaires, pas en V.O., pour attirer les jeunes. Un discours récurrent chez les amis de l'ex-maire à cette époque.
Des centaines d’habitants, les cinéastes, se mobilisent pour faire échouer le projet. L’AMC (association gestionnaire du cinéma municipal) se mobilise aussi : défendre le cinéma de qualité fait partie de sa mission définie par la ville. L'ex-maire ne lui pardonnera jamais : une association peut être autonome, mais pas trop.
Mais GCR tarde à déposer le dosier en commission départementale de l'équipement cinématographique (CDEC). Mis en demeure, de le faire en janvier 2000, CGR ne s'exécute pas : tous les dossiers remontent auprès de Catherine Trautmann, alors ministre de la culture, qui ne les aiment pas... L'épilogue se situe lors du conseil municipal du 29 juin 2000, où, au hasard d'une modification budgétaire, il apparaît que la promesse de vente a été transférée vers la BNP, qui occupe aujourd'hui le terrain du multiplexe avorté. Lors du débat en CM sur ce point, l'ex-maire a défendu la perspective d'un multiplexe ailleurs à Montreuil, partant du fait que c'est « indipensable à la jeunesse montreuilloise.
Plus de détails sur ce premier projet : voir le Poivron n°14 d'avril 1999 et le Poivron n°16 de juin 1999.
2- Un deuxième projet avorté sur le friche Barda
Dans une note au bureau municipal du 12 décembre 2002, on peut découvrir le programme concocté par les services de la ville sur la friche Barda (140 rue de Paris) et ses environs :
« - Le cinéma pouvant aller de 6 à 8 salles avec les surfaces respectives de 2 400 à 4 500 m2 ; - Les commerces complémentaires au cinéma pour une surface de 4 000 m2 avec les fonctions suivantes : des espaces de restauration avec brasseries, cafés, croissanterie, salon de thé type LINAS, une librairie spécialisée dans la bande dessinée, une FNAC junior, un espace score game vidéo, un espace Internet ou cybercafé, une salle d’expositions liée au cinéma, un Fitness comprenant, sur deux niveaux, sauna, piscine, salles de gymnastique, vestiaires et café accueil ;
- Un hôtel de 6 000 m2 combinant deux enseignes avec des possibilités d’offres et des prestations larges avec un restaurant intégré. Ce programme a l’avantage en plus de pouvoir se superposer plus facilement au volume du cinéma ;
- Des logements neufs sur la rue Marcel Dufriche pour créer l’animation et garantir la vie de ce coté de la voie et respecter l’équilibre activités / habitat souhaité par la Ville ; des logements à réhabiliter au 125 rue Etienne Marcel. »
Un opérateur (CGR encore) avait été contacté, les perspectives avaient été évoquées devant les habitants et dans le journal municipal, comme un aménagement possible du nord de la rue de Paris. La complication des questions foncières à cet endroit, et d'autres opportunités pour les investisseurs potentiels, ont fait que ce projet est resté heureusement une fiction mégalo des services de l'adjoint à l'urbanisme, Jean-Jacques Serey.
Peu de gens se souviennent sans doute que cette époque était celle de la lune de miel entre l'ex-maire et les grands opérateurs immobiliers comme Bouygues, Meunier, etc, qui a abouti à la bétonnisation et à la défiguration du bas Montreuil par des immeubles de bureaux. Qui peut avoir envie d'un grand bond en arrière vers cette époque ?
3- Le troisième projet, un multiplexe commercial dans le « coeur de ville »
Le commerce est la raison d'être initiale du projet « cœur de ville », initié dès les années 1990 et cher à l'ex-maire. Au cœur du cœur, un centre commercial tourné vers la zone de chalandise du sud de Montreuil et de Vincennes, supposée sous-équipée en commerces. En janvier 2003 un bureau d'études (le cabinet Bérénice) rend une étude sur la viabilité commerciale du cœur de ville, avec deux scenarii : l'un purent « commerces » et l'autre associant commerces et un « multiplexe de type MK2 ». Dans sa conclusion, le cabinet se prononce pour l'option « multiplexe ».
Le conseil municipal du 26 juin 2003 est appelé à se prononcer sur le lancement de la consultation préalable à la création de la ZAC « cœur de ville ». Jean-Jacques Serey dément à cette occasion tout projet de cinéma : « dans le projet, il n’est pas question d’un cinéma, mais de deux options différentes concernant le commerce avec, dans les deux cas, une grande surface et la possibilité d’avoir une moyenne surface traitant de la vente de CD, livres, etc. L’option d’un cinéma avait effectivement été envisagée, mais non retenue par la municipalité » (compte rendu du CM). Un mensonge : l'option « multiplexe » figure dans le dossier de concertation...
En 2003/2004, de nombreuses études complémentaires sont menées. Selon Stéphane Goudet (voir ci-dessous l'article de Libération en juin 2005), « des contacts sont pris avec Sophie Dulac, de Publicis, ou Jean Hénosberg, de l'Arlequin » pour une exploitation privée du futur multiplexe. Des documents des archives municipales font état de contacts aussi avec Pathé et les Écrans de Paris.
Le bilan de la concertation préalable est fait lors du CM du 14 juin 2004. Commentaires de Jean-Jacques Serey selon le compte rendu du CM : « Des remarques et des critiques ont été émises sur le programme, celui-ci n’étant pas mis en concertation, ce qui d’ailleurs n’était pas l’objet puisque le conseil municipal aura à délibérer en septembre sur la création d’une ZAC, et c’est à ce moment-là que le programme sera complètement défini. C’est d’ailleurs dans cet esprit-là que dans les documents, deux scénarii ont été proposés (un scénario avec cinéma ; un scénario sans cinéma). Cette question a été mise en débat, ce qui a conduit à des remarques pertinentes et très argumentées sur une éventuelle mise en concurrence avec le cinéma municipal. D’autres avis précisaient que c’était synonyme de fausse concertation puisque tout était décidé par avance.
En ce qui concerne le cinéma, rien n’est arrêté. L’étude qui nous est proposée n’est guère satisfaisante, mais d’autres études plus approfondies nous sont parvenues. Avec tous ces éléments, il sera possible de discuter avec le Conseil du cinéma de l’opportunité de la création d’un cinéma tel qu’il est proposé par le promoteur dans le cadre du projet Cœur de Ville. La décision sera arrêtée à l’automne en toute transparence, y compris en étudiant plusieurs hypothèses ». On verra plus loin que le principal opposant au transfert du Méliès était alors (juin 2004) Jean-Pierre Brard soit même.
Le programme de la ZAC, adopté par le CM de septembre 2004, comporte effectivement un multiplexe, sans que le choix d'un transfert du Méliès n'y apparaisse. Un autre document du printemps 2005 (le rapport d'activités de l'administration pour 2004) se contente d'indiquer qu'un « nouveau complexe » sera implanté en cœur de ville, et que les études se poursuivent...
Tout bascule publiquement le 4 juin 2005. Jean-Pierre Brard scénarise son choix de transférer le Méliès en l'annonçant au moment de la première pierre du Nouveau Théâtre. Le conseil de cinéma avait eu la primeur de l'annonce le 2 juin. Antoine de Baecque fera le récit, inspiré par Stéphane Goudet, des événements dans Libération du 8 juin (voir en fin du post). Lors du conseil municipal suivant, le 30 juin, c'est sous forme d'une question orale du groupe communiste, que le transfert est officialisé. Frédéric Molossi, pour le groupe socialiste, se plaint de n'avoir été informé de la décision que deux jours avant l'annonce publique : bel exemple de démocratie interne à la municipalité, mais surtout, on est déjà dans l'instrumentalisation politique du Méliès. Jean-Jacques Serey lui répond que cela faisait dix-huit mois que l'hypothèse du transfert était travaillée.
Jean-Pierre Brard lui-même y reviendra lors d'un CM le 23 mars 2006 : « Il est vrai que la discussion au bureau municipal du 2 juin dernier a été brève et que l’annonce publique a été faite le 4 juin, mais il faut se rappeler que la question du transfert des cinémas devant la mairie avait déjà été posée près d’un an auparavant, lors d’un bureau municipal. La décision n’a pas été conclue ce soir-là en raison d’une opposition formulée par M. le maire, alors que tous les élus présents à ce bureau municipal étaient favorables au transfert. Devant l’opinion de ses collègues, M. le maire a réfléchi, il s’est renseigné auprès notamment de professionnels du cinéma et, finalement, il s’est rendu à l’avis majoritaire »(c'est extrait du compte rendu officiel).
Une étude conclut même à la viabilité d'une extension de 6 ou 7 salles, sans transfert : avec le maintien du Méliès actuel en plus de la création du Nouveau Méliès. Cette hypothèse ne sera pas retenue. La décision prise, les études se sont poursuivies pour décider du mode de gestion du Nouveau Méliès : continuer la gestion en régie directe ? Confier à un opérateur privé avec une délégation de service publique ? La régie directe sera retenue dans le dossier présenté en novembre 2006 à la CDEC. Laquelle donnera à un avis favorable, avec réserves en mars 2007.
L'épreuve de forces avec UGC et MK2 comme campagne électorale
Dès le 11 juin, UGC dépose un recours contre la décision de la CDEC. Raison invoquée : le nouveau Méliès cesserait d’être un service public, en prévoyant la projection de films populaires sans le label "art et essai", et en ayant des conditions de dessertes nouvelles (parking pour voitures, bus) qui augmenteraient son rayon d’attraction. Le nouveau Méliès deviendrait donc, selon UGC, un concurrent direct de son multiplexe de Rosny. Les subventions dont il bénéficie seraient "constitutives de la part de la commune d’un abus de position dominante et d’une violation des règles de la concurrence". A la même époque, UGC fait des recours contre d'autres cinémas, tels le Comoedia à Lyon. En juillet, MK2 se joint à ce recours.
Comme l'indiquait Stéphane Goudet dès 2005 dans l'article de Libération, une extension de la programmation pour faire venir de nouveaux publics est effectivement prévue. Cela ne justifiait en rien les recours, et dès l'automne 2007, la mobilisation se développe contre UGC et MK2, avec des milliers de signatures au bas de pétitions initiées par la revue de Stéphane Goudet, Positif, et l'association Renc'art au Méliès. Entre temps, une deuxième demande d'autorisation avait été présentée par la ville à la CDEC en novembre 2007, pour lever les réserves soulevées en mars 2007 et prendre les devants d'une contestation sur les conditions juridiques de la première CDEC. Mais UGC et MK2 maintiendront leurs recours contre cette deuxième autorisation, qui est prise le 10 janvier 2008.
Avec les pétitions et autres prises de position des professionnels, la fin 2007 voit se mener ce qui a été qualifié de la « guerre du pop-corn ». Le député envoie aux ministres concernés et fait distribuer le 12 décembre à ses collègues de l'Assemblée nationale des sachets de pop-corn. Avec son sens des médias, il dépose un amendement à la loi des finances pour 2008 instituant une taxe sur le pop-corn vendu dans les salles de cinéma et, lors d'un débat avec le président d'UGC, le qualifie de vendeurs de pop-corn... Ambiance.
C'est peu dire que Marin Karmitz a été vexé par l'épithète, qui valait aussi pour lui. Il refuse donc de débattre avec Jean-Pierre Brard, pour cause d'insultes et manipulations. Cela lui vaut une opération « spéciale » le 26 janvier devant le MK2 Bibliothèque : cortège de ballons rouges, tracts, affiches, etc. Avec une tentative de rentrer en force à l'intérieur du cinéma. Bousculades et accusation contre JP Brard d'avoir mordu un salarié... ce qu'il dément.
Fin 2007, nous sommes à quelques semaines des municipales (mars 2008), et l'ex-maire consulte son cabinet d'avocats pour savoir jusqu'où il peut aller dans la communication pour le Nouveau Méliès et contre UGC / MK2. Cela concerne notamment un « plan média » avec publication dans la presse nationale de la reproduction d'une affiche détournant celle des « Dents de la mer », où MK2 et UGC sont comparés à un requin voulant dévorer le petit poisson Méliès. L'avocat conseille de modifier le texte de l'affiche tout en gardant la caricature. Il aura vu juste : MK2 attaque l'affiche pour injures publiques, mais sera débouté en octobre 2008. La campagne d'affiche sera payée par les contribuables de la ville, et non pas sur les comptes de la campagne électorales. Sur le reste de la campagne (une douzaine d'actions sur janvier et février, en partie menées sous le couvert de l'association « Renc'art au Méliès », l'avocat est beaucoup plus prudent « son caractère inhabituel et son ampleur en cette période ne manquerait pas d'attirer son attention » (du juge électoral). Et de conseiller l'abandon de plusieurs actions jugées trop risquées (notamment l'une intitulée « une vague militante », l'organisation d'une galette des rois et d'une soirée de mobilisation).
Au final, quand Jean-Pierre Brard perd les municipales, rien n'a avancé. Beaucoup de spectaculaire et de communication médiatique, mais les recours sont toujours là. Pire, au conflit politico-professionnel, s'est ajouté un conflit personnalisé entre l'ex-maire et les directeurs d'UGC et MK2. Enfin, le cinéma Méliès s'est vu transformé en objet politique. Il n'en est pas sorti en 2014.
Pour mémoire : Petites histoires du cinéma Le Méliès de Montreuil
Déjà publié
Post 1 : réponses à de fausses accusations de Stéphane Goudet (5/1/14)
Post 2 : La défense du cinéma comme service public local par les écologistes (31/1/14)
Aujourd'hui
Post 3 : Le chevalier noir des multiplexes se mue en chevalier blanc de l'art et essai
A venir (en principe)
Post 4 : « Mon cinéma » : Le Méliès comme objet privatisé
Post 5 : l'accord secret entre UGC / MK2 et Dominique Voynet
Post 6 : Sur les problèmes de programmation
Post 7 : La crise de 2013
L'article de Libération (8 juin 2005) : Le Méliès renaît multiplexe
Globalement, l'article est assez fidèle, même si Stéphane Goudet se donne le beau rôle (par exemple le conseil de cinéma a été créé avant son arrivée, comme garantie de l'indépendance du cinéma après son passage en régie publique). Il n'est d'ailleurs pas à mi-temps, mais à 96h par an (une obligation de son statut d'enseignant fonctionnaire à l'Université. Enfin, l'idée (juste) de chercher un équilibre entre « salle art et essai » et «salle de quartier de famille» est de celle qui donnera des boutons à UGC et MK2... et qui est maintenant reprochée à Dominique Voynet par le même Stéphane Goudet.
« En 2007, agrandi, le cinéma de Montreuil ambitionne de devenir un pôle de l'art et essai en France.
En posant samedi la première pierre du Centre dramatique national de Montreuil, Jean-Pierre Brard, député-maire apparenté communiste, a également donné le feu vert au plus ambitieux cinéma d'art et essai de France. Là, face à la mairie, sera construit le nouveau Méliès : six salles, 1 200 fauteuils, soit un «multisalles art et essai» destiné à diffuser des films de qualité, ce que son directeur, Stéphane Goudet, nomme «le Méliès en version longue».
Le Méliès existe déjà, salle «municipalisée» début 2002, avec l'arrivée à sa «direction-programmation» de Stéphane Goudet, 34 ans, ancien critique (à Positif), spécialiste de Tati, enseignant le cinéma à la fac (Sorbonne). Quand il se propose pour le Méliès, à mi-temps (en tandem avec Serge Fendrikoff), Goudet hérite d'un bon cinéma de banlieue, avec ses habitués, sa programmation exigeante, ses trois salles et ses 500 places. Il se démène, multipliant rétrospectives, animations, débats, rencontres, avant-premières avec des cinéastes. Et fait monter la fréquentation : + 27 % la première année, + 38 % la seconde. Il avoue bénéficier de «facteurs favorables» : une fréquentation plutôt à la hausse en France et des changements sociologiques importants dans la ville, qui accueille depuis dix ans une population relativement aisée et avide de culture (certains crient à la «boboïsation de Montreuil»). Le dynamisme du Méliès porte un chiffre : 215 000 spectateurs en 2004.
Recul. Si la municipalité reconnaît le phénomène, elle se montre demandeuse d'un multiplexe - la rumeur le situe rue de Paris, pour faire concurrence à l'UGC Ciné-cité Rosny limitrophe, quatrième cinéma de France avec 2 millions d'entrées. Début 2004, le Méliès mobilise ses troupes et contre-attaque. Deux instances jouent leur rôle, l'association des amis du Méliès et un Conseil du Méliès, groupe consultatif instauré par Goudet, devant lequel il présente régulièrement sa programmation. Composé d'élus locaux, de délégués de l'Education nationale, de représentants des spectateurs, et d'un collège de cinéastes (Robert Guédiguian, Dominik Moll, Dominique Cabrera, Solveig Anspach... Montreuillois et habitués du cinéma), ce Conseil du Méliès fait reculer une première fois le maire. Exit le multiplexe.
Partie remise quand une seconde demande naît du côté de la municipalité : confier à un privé l'exploitation du futur cinéma en «coeur de ville» - des contacts sont pris avec Sophie Dulac, de Publicis, ou Jean Hénosberg, de l'Arlequin. Cette initiative est vécue comme un signe de défiance envers le cinéma municipal. «Accueillir un privé, c'était forcément vouloir nous nuire. Pourquoi municipaliser le cinéma pour faire appel ensuite à un concurrent direct?», confie Goudet. Le Conseil du Méliès fait appel à un expert, qui chiffre la perte de public (- 20 % en cas d'installation d'un concurrent en centre-ville, - 32 % en cas de construction d'un multiplexe) et évalue la fréquentation d'un nouveau Méliès, agrandi et replacé au centre : 300 000 à 330 000 spectateurs par an.
Brard, d'abord sceptique, est convaincu par ces chiffres et le rôle incisif du Conseil du Méliès qui s'appuie sur l'élue montreuilloise à la culture, Claire Pessin-Garric, favorable au développement du cinéma municipal. Neuf mois de bataille débouchent sur la «recréation» d'un Méliès avec pour objectif d'égaler la fréquentation du MK2 Beaubourg à Paris, à quelques encablures de l'Utopia de Toulouse, première salle art et essai de France avec 350 000 spectateurs annuels.
« Chance ». Pour ce nouveau Méliès (ouverture prévue en 2007), Goudet annonce un équilibre entre « salle art et essai » et «salle de quartier de famille» : programmer aussi bien des films d'auteurs que Star Wars.Actuellement, avec trois salles, il montre une douzaine de films par semaine ; demain, dans six salles, il ne devrait pas en montrer davantage : « Pas plus de films, mais une meilleure exposition, laissant aux films plus de chances de trouver leurs spectateurs. Il faut ralentir le turn over, c'est le vrai enjeu : garder un film six semaines à l'affiche », précise le directeur du Méliès. Qui voit son cinéma « plutôt se consolider que changer de nature ». Exception faite du travail en direction du jeune public, qui devrait se développer avec l'accueil de deux animateurs à temps plein.
Ultime ambition : un choix architectural cohérent avec ses principes. « On ne veut pas d'un multiplexe de plus, mais d'un lieu cinéphile : les écrans sont importants, mais aussi le bar, et pas de pop-corn dans les salles! ». Souhaitons au nouveau Méliès de Montreuil, là même où le pionnier du cinéma muet faisait voyager jusque dans la lune, que cette utopie prenne forme. »
dimanche 2 mars 2014 à 17:23 :: Culture - Méliès :: rss
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