Le 6 avril, il s'agissait du vote du budget, qui comportait des « économies » dans les dépenses de personnel. On trouve ici le tract d'appel pour le 6 avril.

Le 1er juin le Conseil avait à son menu trois délibérations pour mettre en musique ces mesures d'austérité. On trouve ici le tract d'appel pour le 1er juin.




Un mouvement social qui dure

La mobilisation est engagée depuis plusieurs mois, avec une pointe au sein de la direction des finances. Les 4 syndicats présents dans le personnel sont ensemble dans le mouvement : CGT, FSU, FO et CNT.

Dès février, une pétition était lancée pour dénoncer les mesures d'austérité préparées par la municipalité. L'intersyndicale refusait les arbitrages rendus pour réduire les dépenses de personnel.
Une grève était préparée, et un "appel à idées" lancé pour faire des économies : voir ici appel dont le résultat début avril est là.

Journée contre la loi El Khomri, le 23 mars a aussi été une journée de grève contre les mesures d'austérité imposées par le maire, contre le refus de recevoir le personnel et contre les menaces de sanctions. Le double langage du maire sur l'austérité, et le fait de considérer le personnel comme une « variable d'ajustement » du budget communal, étaient dénoncés.
Le 1er avril, une AG du personnel décidait de nouvelles actions, avec demande d'une rencontre de la municipalité avec l'ensemble du personnel. Mais l'adjoint en charge du personne, Frédéric Molossi, n'accepte de recevoir qu'une délégation limitée en nombre. Cette exigence de démocratie directe (pas seulement par délégation) est tout-à-fait dans l'air du temps du mouvement social contre la loi El Khomri et de Nuit Debout. Deux mois après, cela reste toujours un point d'achoppement du conflit. Suite à ce refus de la municipalité, les syndicats ont appelé à manifester le 6 avril. Lors du Conseil, 200 agents étaient présents, selon Le Parisien, 300 selon l'intersyndicale.

Le budget ayant été voté, une nouvelle grève et une AG sont organisées le 8 avril. Le tract d'appel est ici
Les revendications :
• Un véritable plan pluriannuel de titularisation
• Le maintien des congés de pré-retraite, de la prime d’installation et de la subvention au COS
• nous revendiquons que les choix budgétaires soient fait en transparence pour les usagers et les agents de la ville
• que le personnel ne soit pas la variable d’ajustement

D'autres actions sont organisées en avril et mai : envahissement de la salle du Comité Technique le 14avril, boycott du CT du 9 mai qui doit être reporté faute de quorum, nouvel envahissement du CT le 23 mai pour refuser que soient entérinée la suppression de la prime d'installation et des congés pré-retraite, les deux principales revendications du personnel en plus du refus de la baisse de la subvention du COS. Le tract intersyndical d'appel pour le 23 mai et le 1er juin est ici

Le 1er juin, le Conseil municipal a été particulièrement chaud, avec le personnel en lutte, des parents d'élève en lutte, accompagnés par des militants syndicalistes et politiques de la ville. Chaud au point que, après lectures des déclarations de l'intersyndicale du personnel et de la FCPE, un dialogue de sourd s'instaurait, on allait de suspension de séance en suspension de séance, avec au final arrêt du Conseil et report de la séance à une date ultérieure. On peut lire ici la déclaration de l'intersyndicale lue le 1er juin, et le bilan de la séance du 1er juin avec l'appel à une nouvelle AG du personnel le 8 juin.

Le 8 juin, c'est enfin toute la direction des finance qui entrait en grève : voir ici.

Les sites de la FSU et de la CGT donnent tous les éléments de cette mobilisation.

Un maire et son adjoint droits dans leurs bottes

Des mobilisations du personnel, c'est fréquent à Montreuil. Notamment sous la gestion 2008-2014. Mais des mouvements qui durent autant, et un tel blocage du dialogue social, c'est rare.
Pour faire voter son budget le 6 avril, Patrice Bessac n'a pas eu besoin du 49-3. Malgré des timides réserves exprimées, notamment par Claude Reznik, élu d'Ensemble pour Montreuil : voir son intervention ici

Mais tous les élus de la majorité « rouge-rose-verte » votèrent ce budget, avec la seule abstention de Capucine Larzilllière, d'Ensemble (Front de Gauche). Interdite d'expression lors du Conseil, elle a expliqué son vote sur sa page facebook : "Un budget qui se construit avec des baisses de recettes, du fait de la politique d' austérité du gouvernement, et des besoins sociaux qui augmentent ne peut être un bon budget. Mais quand en plus, il se discute dans la confrontation avec le personnel de la ville mobilisé, au lieu d'être un moment fort de résistance sans ambiguïté à la baisse des dotations, je ne peux le voter !"

Le Conseil avorté du 1er juin, et l'intransigeance du maire sont moins bien passés. Deux des composantes du Front de gauche (Ensemble et le PG) semblent avoir plaidé pour le retrait (provisoire) des 3 délibérations qui ont mis le feu aux poudres de manière à rouvrir un espace de dialogue. Voir la déclaration d'Ensemble

Le maire, quant à lui, a écrit, au lendemain du Conseil annulé, à tout le personnel (ici), sans fermer toutes les portes.. En même temps, on ne peut que remarquer des éléments de langage que ne renierait pas Valls à propos des mobilisations syndicales contre la loi El Khomri : seule une minorité est dans l'action, il y a des éléments étrangers au personnel communal, etc. Il faut aussi remarquer la mention systématique de l'absentéisme problème réel) dans l'argumentaire de plusieurs élus pour justifier les mesures d'austérité, de même que le poids trop important des dépenses de personnel ; dans le contexte de ce conflit, ces arguments (toujours employés par la droite et les libéraux) ressemblent à un essai de disqualifier les demandes syndicales.

Pendant ce temps-là à Montreuil

Pour suivre le fil de la mobilisation du personnel communal, rien ne vaut les animations sur tumblr :
ici et ici et ici et encore ici ici ici ici ici ici ici ici ici ici et finalement

L'affrontement entre le PC et le PS pour les législatives de 2017 sont déjà en arrière fond

Tant du côté du PS que du PC on se prépare à un affrontement sans merci lors de l'élection législative de juin 2017. Razzy Hammadi (PS) a pris la circonscription (Montreuil + Bagnolet) à Jean-Pierre Brard en 2012. Il entend bien conserver son siège en 2017, et a, pour cela, abandonner ses velléités « à gauche » pour se mettre dans le sillage de Cambadelis à la direction du PS. Evidemment, le PC entend récupérer « son bien » en 2017.
Cet horizon est en arrière fond des débats sur le budget, du positionnement du PS sur le mouvement social et de la micro-affaire de l'oeuf-Macron récemment.

Pour le PC comme pour le PS, l'enjeu est : qui va porter la responsabilité de la (très probable) augmentation des impôts locaux pour le budget 2017, quelques semaines avant l'élection législative. Montreuil a échappé à cette augmentation pour 2016, mais son budget serait « limite », sous menace d'une mise sous tutelle par la Préfecture. Le principal argument des élus socialistes pour voter le budget est qu'il n'y a pas d'augmentation d'impôts.

Lors de la discussion budgétaire, le maire a donc chargé la barque de la baisse (indéniable) des dotations de l'Etat, ciblant donc le gouvernement PS soutenu par le député. Lequel a jugé utile de démentir les chiffres du maire et de dénoncer un « coup de com' » de la municipalité (Le Parisien du 12 avril)
La baisse serait de 3,2 millions d'euros pour 2016 selon Hammadi et le ministère de l'économie (1,5% des recettes de fonctionnement de la ville), de 12,5 millions selon Bessac il y quelques mois (dans la pétition), devenus 25 millions au moment de la discussion budgétaire.
Rebelotte avant le fameux Conseil avorté du 1er juin. Selon Le Parisien (1er juin), la discussion budgétaire d'avril avait laisser une bonne nouvelle dans l'ombre : l'augmentation des recctes de fonctionnement en 2015 grâce à des ventes de terrain. Pour l'intersyndicale, cela rend d'autant plus inacceptables les mesures d'austérité à l'encontre du personnel. Pour Hammadi, cela montre « qu'on n'est pas à l'os comme on voudrait nous le faire croire ». Si un terrain ne se vend qu'une fois, d'autres ventes auront lieu.

C'est avec ce prisme (2017) qu'il faut comprendre la gesticulation de la visite de Macron à Montreuil ce lundi 6 juin. D'un côté, une provocation (Macron célébrant le Front populaire à Montreuil) doublé d'une opération de promotion du député socialiste (accompagnant Macron et mis en valeur dans les différentes visites). De l'autre, la municipalité voulant se redonner une image « de gauche » et sociale, mise à mal par son attitude dans le conflit avec le personnel communal. Elle pouvait à la fois compter sur le rejet de Macron par les militants de gauche et écologistes de la ville, et s'appuyer (tradition communiste, comme socialiste d'ailleurs dans d'autres villes) sur les apparatchiks municipaux, pour l'opération de « social-washing ». Cela a tellement bien marché que ce non-évènement a fait le buzz grâce à un œuf reçu par Macron. Un incident érigé en « violence inacceptable et antirépublicaine » de la part du PS et de ses épigones. On peut trouver (c'est mon cas) que lancer des œufs ne se justifie pas, mais au regard des violences policières actuelles contre le mouvement social, qualifier ainsi un jet d'oeuf, c'est n'importe quoi : dérisoire et démesuré.

Deux ans après l'élection de la municipalité « rouge-rose-verte » : un gâchis

L'espoir qu'une municipalité plurielle puisse poursuivre le travail de refondation démocratique de Montreuil semble bien loin. L'épreuve de force engagée par Bessac contre le personnel n'est que le dernier en date des dysfonctionnements à l'oeuvre depuis 2 ans.
Aucune des composantes de la majorité n'est indemne de cet échec. Quand on se souvient de la démesure du PS des composantes du FdG contre la municipalité de Dominique Voynet quand elle était aussi engagée dans un conflit avec la CGT du personnel, quand on la compare à leur attitude (le refus du dialogue) dans le conflit actuel, on ne peut qu'être atterré par la dominante purement gesticulatoire des batailles politiques au Conseil municipal. Et ce, d'autant plus, que les principaux acquis sociaux de cette mandature ne sont plus remis en cause par personne.
Quand on entend le silence du groupe des élus Ensemble pour Montreuil, où chacun et chacune reste collé à sa délégation, où il n'y a plis de projet ni de cohérence, on se demande quelles erreurs on a pu faire entre 2008 et 2014 pour en arriver là. En acceptant sans beaucoup de résistance la mise à l'écart par Bessac d'une adjointe écolo jugée trop contestataire, le groupe a perdu son âme et ses capacités d'existence politique.

Dès le débat, le mode de gestion de Bessac a été pointé : autoritaire, administratif, sans vision. Les incidents ont été nombreux.Voir, symptomatiquement, l'affaire du conseiller en communication. Des choix bureaucratiques qui pèsent y compris sur les finances aujourd'hui. Que Bessac ait voulu marquer le changement vis-à-vis de la municipalité précédente, cela se justifie (tout était loin d'être pour le mieux) et se comprend. Mais de là à être dans la remontée des modes de gestion les plus archaïques, c'est un beau loupé

Dans la crise sociale actuelle avec le personnel, le maire semble additionner la gestion à vue en interne, et le « droit dans ses bottes » dans les relations sociales. Au point de faire penser à Valls : « Céder, c'est acter que le blocage paie ».